2017: "le grand cahier"



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L’état de guerre expulse souvent brutalement l’enfant de sa position d’enfant. Non seulement témoin mais aussi souvent victime de la sauvagerie des adultes, il peut néanmoins devenir à son tour meurtrier. Donnant fictivement la parole à des enfants qui font l’épreuve de la brutalisation des comportements des hommes et femmes en état de guerre, Le Grand Cahier, par le choix d’une écriture glacée – on a qualifié ce livre d’« exercice de cruauté » –, conduit à son extrême limite cette représentation de l’enfance dévastée, au point qu’elle en devient inquiétante : abolition de toute faculté à rêver, à imaginer, anesthésie de la vie émotive, destruction de tout ce qui peut faire lien avec autrui, d’où insensibilité à la mort, reçue ou donnée. Cette chute hors de l’humain peut cependant être considérée comme une technique, certes mutilante, de survie.

Ce sont vos petits-fils.
– Mes petits-fils ? Je ne les connais même pas. Ils sont combien ?
– Deux. Deux garçons. Des jumeaux.
L’autre voix demande :
– Qu’est-ce que tu as fait des autres ?
Notre Mère demande :
– Quels autres ?
– Les chiennes mettent bas quatre ou cinq petits à la fois. On en garde un ou deux, les autres, on les noie.

Agota Kristof